Un dialogue constant entre tradition et innovation
L’encépagement du Périgord révèle avant tout la souplesse d’un vignoble prêt à jouer sur plusieurs claviers :
- Tradition : l’utilisation massive du merlot ou du sémillon prolonge l’influence bordelaise, inscrivant la région dans une continuité avec son prestigieux voisin, tout en affirmant ses propres nuances.
- Résilience : la présence de variétés oubliées, telles que la carmenère ou l’ondenc, rappelle l’attachement des vignerons à l’héritage local et à la résistance face aux aléas climatiques et économiques.
- Expérimentation : le retour du malbec ou du sauvignon gris, l’émergence de cuvées parcellaires, trahissent la vitalité d’un vignoble qui ose et innove.
La diversité comme marque de fabrique
Quand d’autres régions françaises misent sur la spécialisation extrême, le Périgord, lui, revendique la pluralité conviviale : vins rouges ronds ou charpentés, blancs vibrants ou moelleux, rosés fruités, la palette est à l’image des tablées où cohabitent confit, noix, cabécou et truffe.
La biodiversité ampélographique (étude des cépages) constitue d’ailleurs une richesse précieuse : près de 15 cépages reconnus dans les AOC du Bergeracois (source : La Route des Vins de Bergerac et Duras), au sein de domaines familiaux, souvent en culture raisonnée, voire en conversion bio.
Un miroir du paysage et du climat
L’association des cépages et des sols du Périgord n’est jamais le fruit du hasard. Le merlot retrouve ses aises sur les argiles profondes de la plaine, le cabernet franc se plaît sur les terrasses graveleuses de la Dordogne, le sémillon prend la brume matinale à bras-le-corps sur les pentes ensoleillées de Monbazillac… Il s’agit d’une mosaïque délicate où chaque cépage répond à la topographie et au microclimat.
Le climat océanique, tempéré par les forêts de chênes et l’équilibre entre fleuve et coteaux, autorise des maturations longues, favorisant l’expression aromatique de chaque variété.
L’histoire comme fil rouge : anecdotes et transmissions
Certains cépages racontent, à leur manière, de petits pans de l’histoire locale. Ainsi, le malbec, cépage phare du Cahors voisin, a été décimé par le phylloxéra à la fin du XIX siècle ; il revient aujourd’hui par la volonté de jeunes vignerons nostalgiques. D’autres, comme la muscadelle, témoignent de la porosité des frontières avec l’Entre-Deux-Mers ou le Lot-et-Garonne. La présence - rare mais réelle - de la carmenère rappelle que le Périgord partageait autrefois nombre de variétés avec le grand Sud-Ouest, jusqu’à la crise du phylloxéra (source : La Vigne).
Sur certaines exploitations de la vallée de la Dordogne, des ceps centenaires veillent encore, rescapés des deux guerres et des révolutions agricoles, donnant des vins de mémoire, puissants et profonds.