Le merlot n’est pas qu’un assemblage dans la pénombre des chais, il se raconte aussi dans les vignes et autour des tables. Dans certains villages, on rapporte que les vendanges de merlot ouvrent la saison des banquets d’automne, où l’on goûte le “bourru”, ce vin à peine fermenté, dont la fraîcheur accompagne les noix ramassées dans les vergers voisins.
À Monbazillac, célèbre plutôt pour ses liquoreux, certains vignerons cultivent encore quelques rangs de merlot pour la “cuve des copains”, vinifiée à part, symbole d’un ancrage familial autant que d’un savoir-faire éprouvé. Les enfants du pays, lorsqu’ils s’exilent, reviennent en novembre avec la valise remplie de vieilles bouteilles de merlot, partagées à Noël avec l’accent retrouvé du Sud-Ouest.
Enfin, une singularité du Périgord : la réussite du merlot en monocépage dans certaines micro-parcelles. Si l’assemblage domine l’identité régionale, de jeunes vignerons s’essaient désormais à des cuvées “pur merlot”, révélant, à l’image de la nouvelle vague bordelaise, intensité, fraîcheur et gourmandise — tout en conservant ce supplément d’âme, reflet du climat et du sol.