Des origines antiques à la faveur anglaise
Aux confins de la Dordogne, l’histoire de la vigne puise dans l’antique. Des fouilles archéologiques menées près de Bergerac ont révélé la présence de vestiges gallo-romains, notamment des dolia et tessons d’amphores, témoignant d’une activité viticole dès le Ier siècle après J.-C..
Le Moyen Âge apporte un tournant décisif : au XIIe siècle, alors que l’Aquitaine passe sous domination anglaise après le mariage d’Aliénor avec Henri II Plantagenêt, les vins du Périgord – et de Bergerac en particulier – traversent la Manche. Outre la facilité de transport via la Dordogne, c’est un goût britannique pour ces vins, souvent vendus alors en barriques à Bristol ou à Londres, qui inscrit le Périgord sur la carte commerciale européenne.
Rivalités, crises et résiliences
Le rayonnement du vignoble doit alors composer avec la suprématie de Bordeaux, qui verrouille, par ses privilèges de négoce, l’accès des vins “en amont” aux marchés d’export. Cette "police des vins", instaurée dès le XV siècle, relèguera longtemps les vins du Bergeracois et assimilés à une position subalterne, sauf lors de rares exceptions négociées.
Les vagues successives de crises – maladies, ravages du phylloxéra à la fin du XIX siècle, exode rural – précipiteront le vignoble périgourdin dans une profonde mutation. La surface plantée chute drastiquement : entre 1870 et 1930, on passe de 40 000 à 11 000 ha dans le Bergeracois selon l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO). Ce sont les solidarités villageoises, l’ingéniosité des vignerons, et la naissance de la première cave coopérative périgourdine à Monbazillac en 1936, qui permettront ensuite la renaissance, entérinée par l’obtention progressive des AOC.